Todd Haynes

Todd Haynes , maître du cinéma US indépendant , fou de Julianne Moore et de ....Mary Poppins !

André CEUTERICK, au festival de Locarno | Publié le Mercredi 9 Août 2017 à 16h08

La proche sortie de « Wonderstruck » (« le musée des merveilles ») - vu en première mondiale à Cannes - a donné aux organisateurs du festival de Locarno l'excellente occasion d 'honorer Todd Haynes qui, en 8 longs métrages, s'est imposé comme l'un des meilleurs réalisateurs indépendants, dont "Carol" (avec Cate Blanchett et Rooney Mara) est sans doute le film le plus fascinant et le plus accompli.

Todd Haynes s'est souvenu de ses débuts mouvementés dans le cinéma quand « Poison », son premier long métrage, constitué de trois histoires courtes en hommage à Jean Genet, a été lancé au festival de Sundance en 1991.

Le Fellini de la fellation

« C’était une période agitée par une grande polémique aux Etats-Unis sur les subventions aux arts et à la culture : était-il judicieux de financer les arts avec de l'argent public ? Or, mon film « Poison » avait précisément reçu une bourse du fonds national des Arts, ce qui l'a d'emblée situé au cœur du débat. Des associations conservatrices se sont mobilisées en protestant contre le financement « d'un film sur le viol gay » ont-elles déclaré alors qu'elles ne l'avaient même pas vu ! Tout s'est alors emballé et le film a même été projeté au Sénat à Washington. C'était une véritable cabale et on m'a alors appelé « le Fellini de la fellation » ! Le film traitait de l'homosexualité et évoquait l’épidémie du sida qui envahissait le pays. Je n'ai jamais pensé qu'il allait déclencher une telle tempête politique ! Heureusement, j'ai pu le présenter plus librement en Europe où il y a eu un véritable débat ».

Julianne Moore, l'actrice parfaite

On retrouve Julianne Moore au générique de 4 films de Todd Haynes : « Safe » (1995), « Loin du paradis » (2003), « I'am not there » (2007) et le tout nouveau « Wonderstruck ».

« Pour jouer le rôle de Carol White dans « Safe », une femme de la middle class, normale, insignifiante qui est atteinte d'une étrange maladie, j'avais besoin d'une actrice avec une certaine notoriété dont le nom m'aiderait à boucler le budget de production du film. « Short Cuts » de Altman venait de sortir et on parlait de plus en plus de Julianne Moore. Je lui ai envoyé le scénario, auquel elle a répondu positivement. Dès la première audition, j'ai été fasciné par sa voix, son intonation qui donnaient forme et vie à mon personnage. Elle a magnifiquement joué le rôle en trouvant cet équilibre entre ce qu'elle donne en tant qu'actrice au spectateur et ce qu'elle garde pour elle pour continuer à faire exister le personnage. Depuis lors, nous sommes restés très liés au point que je la considère comme quelqu'un de ma famille. On a encore fait trois films ensemble : pour moi, c'est aujourd'hui l'actrice la plus parfaite qui soit.

Mes influences ? Les grands réalisateurs et ... Mary Poppins !

Avant chaque nouveau film, je me retrouve dans la peau d'un étudiant qui apprend, cherche, s'informe pour préparer le mieux possible son prochain travail. Pour « I am not there », le film sur Bob Dylan, j'ai visionné tout ce que je pouvais trouver sur cette époque un peu dingue et sur le Dylan de ce moment là, androgyne, drogué, déglingué. Pour « Wonderstruck », j'ai regardé beaucoup de films muets des années 20, avant le cinéma sonore, une période très artistique et très inventive.

Mais le film qui compte le plus pour moi, c'est « Mary Poppins » le tout premier que j'ai vu et qui a marqué ma rencontre avec le monde du cinéma. Ce film m'a pénétré tout entier et j'entretiens avec lui une sorte de rapport psychotique, obsessionnel, comme s'il était inscrit dans mon ADN. « Mary Poppins », c'est du meilleur Disney, la fantastique Julie Andrews, le rêve, la magie et toute la puissance du cinéma ».