Adrien Brody - D. Benedick, Leopard Club Award et M. Solari, Président du Fe
Adrien Brody, D. Benedick (Leopard club Award) et M. Solari, président du Festival

Festival de Locarno : coup de cœur à Adrien Brody, l'inoubliable Pianiste de Polanski, "le rôle d'une vie"

André CEUTERICKAu festival de Locarno | Publié le Lundi 7 Août 2017 à 10h23

Après avoir été très chaleureusement accueilli sur la Piazza Grande où il a reçu un léopard "coup de cœur" qu'il a dédié à ses parents dans un beau moment d'émotion, Adrian Brody a tenu une passionnante conférence débat où il a évoqué une carrière déjà conséquente avec des moments forts, quelques souvenirs marquants et sa passion naissante pour la peinture.

Adrian Brody a rappelé ses débuts dans des séries B hollywoodiennes, son premier rôle dans « King of the Hill » (1993) de Steven Soderbergh, son casting pour "La ligne rouge" (1998) de Terence Mallick où le premier rôle lui échappe au profit de Jim Caviezel mais où il se fait quand même remarquer dans un personnage secondaire et son immersion dans la culture hiphop avec le rôle d'un musicien punk dans « Summer Sam » (1999) de Spike Lee. Et puis il y a eu Le pianiste de Polanski.

Le pianiste

"Pour un acteur, c'était une opportunité unique, le rôle d'une vie ... et je n'avais que 28 ans! Au-delà de l'interprétation du personnage lui-même, j'avais l'énorme responsabilité de projeter la tragédie de quelqu'un qui a survécu et qui a réussi à partager ses mémoires (NDLR : le film est basé sur l'œuvre de Wladyslaw Szpilman). Il y avait aussi la propre souffrance de Roman Polanski qui a transformé son expérience de vie en œuvre artistique. J'ai mieux compris la signification de la souffrance, de la faim, du désespoir et l'importance de connaître le monde qui nous entoure. Et finalement la discrimination, l'exil des réfugiés, les purges ethniques tout cela existe aujourd'hui encore. L'ampleur de cette tragédie était si difficile à comprendre, à admettre qu'elle a changé ma vison du monde ; j'ai dû aussi apprendre à jouer Chopin parce que Polanski voulait absolument que je joue la sonate moi- même. J'ai dû me concentrer sur la musique, ce qui m'a demandé du travail en plus mais cela m'a permis d'être encore mieux connecté avec le personnage. On a travaillé 12h00 par jour et 6 jours par semaine pendant 6 mois. J'étais obligé d'être présent tout le temps même quand je ne tournais pas, comme si je devais vraiment porter le poids de cette époque et quand le malaise physique disparaissait, la charge émotionnelle et physique perdurait. C'était un défi hallucinant. Après ça, aucun rôle ne m'a paru vraiment difficile ».

L'univers de Wes Anderson

« J'ai fait trois films avec lui : « The grand Budapest Hotel », « Fantastic Mr Fox », « A bord du Darjeeling ». C'est un conteur unique, un génie en son genre. Je lui dois beaucoup car il m'a permis d'être drôle et de jouer au second degré. Après Le « Pianiste », j'étais considéré comme un acteur dramatique et on ne me proposait que des rôles tragiques. Je voulais faire autre chose et Wes m'a offert cette possibilité de jouer avec ce timing comique qui était en moi ».

« King Kong » de Peter Jackson

« L'un des rares blockbusters auxquels j'ai participé. La technologie avait tellement progressé qu'elle permettait au cinéaste de raconter l'histoire de plusieurs manières possibles sur base de son imagination et de la compétence de ses techniciens. C'était un challenge assez surprenant car on se trouvait dans d'énormes studios, avec des fonds verts, et face à des créatures qui n'existaient pas. Il fallait par exemple se battre contre des insectes et des bestioles qui n'étaient pas là, donc pas d'interaction possible ! Le processus était plutôt compliqué mais on se transportait dans l'air et le temps de manière ludique. C'était cool ! »

Une passion nouvelle : la peinture

« J'ai décidé de prendre un peu de distance par rapport à mes activités d'acteur et de producteur pour me consacrer à la peinture que j'ai découverte comme une véritable bénédiction. Quand j'étais jeune, je dessinais et je peignais beaucoup. Je voulais entrer aux Beaux Arts mais j'ai été refusé, alors j'ai fait l'Art dramatique. Je veux prendre du temps pour bien apprendre la peinture. C’est un langage neuf qui me permet de transmettre ma perception du monde qui m'entoure, un autre espace de création que j'ai hâte d'explorer davantage mais je reviendrai bientôt au cinéma ».