Fanny Ardant avec Marco Solari, Président du festival de Locarno
Fanny Ardant avec Marco Solari, la Président du Festival de Locarno.

Locarno sous le charme de Fanny Ardant

André CEUTERICK, au festival de Locarno | Publié le Lundi 7 Août 2017 à 07h18

Dans « Lola Pater » de Nadir Moknèche, Fanny Ardant joue le rôle d'un père devenu femme, danseuse orientale, qui retrouve 25 ans après le fils qu'il avait abandonné. Présenté en première mondiale à Locarno, le film a conquis les festivaliers par l'originalité et l'audace de son sujet, particulièrement séduit par le charme, l'enthousiasme et la grâce infinie de Fanny Ardant. Rencontre avec une actrice hors du commun, sans fard ni artifice

Vous dites vouloir repartir à zéro pour chaque nouveau rôle ?

Oui mais en même temps, j'ai beaucoup appris avec tout ce que j'ai vécu et je connais certains dangers. Je sais par exemple que la concentration est une erreur : il suffit d'être prêt et disponible, le moment venu. Il y a ainsi des choses pragmatiques qui vous aident pour la prise en charge d'un rôle et la construction d'un personnage. Pour le reste, il faut se laisser aller car chaque film est une alchimie différente, chaque metteur en scène a sa propre personnalité, son propre regard. Les certitudes coupent les ailes, au contraire, l'incertitude permet d'explorer des zones inconnues et ouvrent de nouvelles portes. Moi, j'ai un peu l'inconscience d'un chien qui entre dans la forêt sans savoir ce qu'il va y trouver. Pour jouer Lola, je n'ai pas rencontré de transsexuel et je n'ai pas appris la danse orientale.

Qu'est ce qui vous a intéressé en premier lieu ?

A la lecture du scénario, j'ai été frappée par la richesse de ce personnage aux multiples facettes. Ce n'est pas seulement un homme devenu femme mais aussi un être fragile, vulnérable, marqué par cette paternité non assumée et qui tente de rétablir un rapport père-fils manqué. Pour moi, Lola c'est l'inconnu, la surprise, la curiosité mais aussi l'émotion, l'exaltation, des états d'âme forts comme je les aime.

Vous jouez en permanence sur l'ambivalence du personnage ?

Oui, je dirais que je suis homme quand je suis seul et femme avec les autres, comme si Lola redevenait homme dans les moments de chagrin et de grande solitude. Je voulais en tout cas m'éloigner de tous ces clichés qui établissent les défauts et les qualités des femmes et des hommes et que la société a plus ou moins figés. Il faut franchir le seuil des apparences. D'ailleurs, quand je me laissais aller à ma vraie nature, tout se mélangeait. Physiquement aussi, je me sentais un peu des deux à la fois comme s'il n'existait pas vraiment de limite préétablie.

Ce rôle convient aussi à votre plaisir de la provocation.

J'aime beaucoup la provocation, par jeu surtout. Je n'ai absolument pas peur du regard des autres et je développe un rapport assez étrange avec la société. Je suis asociale dans la mesure où je n'ai aucun sens d'appartenance, ni à un groupe, ni à une association, et surtout pas à ce qu'on appelle stupidement "la grande famille du cinéma" ! Par contre, j'aime faire des incursions dans la société et je rencontre alors des êtres humains dans leur identité propre. Ce que j'aime dans le monde, c'est l'autre avec un grand A.

Pourtant le tournage d'un film résulte du travail d'une équipe.

C'est différent car chacun a une fonction bien définie. Et puis, c'est éphémère. Le tournage d'un film, c'est comme les grandes vacances où on vit chaque moment très intensément car on sait qu'on devra bientôt se séparer ! C'est inéluctable.

Vous avez encore et toujours la même passion, intacte ?

Si je devenais cynique ou blasée, j' arrêterais. J'ai toujours le même enthousiasme, la même envie parce que je n'ai choisi que les rôles que j'aimais. Je n'ai jamais terni mon amour fou pour ce métier en acceptant des rôles "alimentaires ", en faisant de la publicité ou autres prestations commerciales ou en me "vendant au capital". Le plus important, c'est de ne jamais perdre son âme, je reste lucide et j'accepte les règles du jeu mais je veux utiliser mes propres cartes. En fait, je suis une entreprise solitaire et mon grand luxe, c'est ma liberté.

Le film « Lola Pater » de Nadir Moknèche sort en salle mercredi prochain.