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Bong Joon-ho, réalisateur de Okya, avec Tilda Swinton, Seo-Hyeon Ahn et Jake Gyllenhaal.

Festival de Cannes: le conte écologiste «Okja» produit par Netflix chahuté en début de projection

Au Festival de Cannes, Pierre Germay | Publié le Vendredi 19 Mai 2017 à 17h01

Début de projection chahuté ce matin, à 8 heures 30, pour le film « Okja » du Sud-Coréen Bong Joon-ho. On sait la polémique soulevée par la sélection en compétition d’un film produit par Netflix, le géant américain de la vidéo par abonnement, à Cannes où le cinéma n’est imaginé que pour être vu en salle, sur grand écran.

Dès l’apparition du nom « Netflix » sur l’écran, des sifflets se sont fait entendre. L’image paraissait floue, semble-t-il, pour les spectateurs du balcon du Grand Théâtre Lumière. De là à imaginer un sabotage, certains n’ont pas hésité à l’évoquer! En fait, il s’agissait juste d’un problème technique, le rideau n’était pas complètement levé sur l’écran, cachant le haut de l’image. La projection a été interrompue durant 7 à 8 minutes, avant de reprendre. Et le Festival a publié un communiqué pour faire part de ses plus plates excuses à l’équipe du film.

Qu’en pense le réalisateur, Bong Joon-ho ? «Vous avez pu voir les premières séquences deux fois. Je suis heureux de ça!», a-t-il expliqué un peu goguenard, en conférence de presse, juste après la projection.

Et le film, finalement? C’est un conte sur l’amitié d’une petite fille et d’un porc énorme avec qui elle va grandir dans la montagne de Corée du Sud, mais qu’une multinationale américaine veut lui enlever pour le conduire à l’abattoir.

Admiration pour Spielberg

Avec « Okja », on est en plein dans la fable écologiste anticapitaliste et dans un cinéma qui fait penser à Spielberg. Le cinéaste sud-coréen (« Memories of Murder », « Mother », « Le Transperceneige ») s’en explique : «Mon inspiration est un mélange de cultures américaine et asiatique. J’aime particulièrement les films de Spielberg des années 70 comme (« Les dents de la mer », « Sugarland Express »…) et tous les films américains des années 70. Il y avait une sorte d’aura et de grâce dans les films de cette époque-là. Mais j’ai bien d’autres mentors de ces années-la et principalement Hayao Miyazaki que j’aime depuis ma plus tendre enfance. Leur esprit est toujours avec moi ».

Et de poursuivre sur le thème de l’écologie : «On est dans une époque capitaliste qui nous rend heureux parfois et en même temps nous plonge dans une grande souffrance, celle des animaux qui vivent avec nous et ressentent ces souffrances ainsi que les agressions dont ils sont victimes. Et j’ai aussi aimé que le sujet soit abordé à travers le regard d’une enfant et de son imaginaire».

« Liberté totale »

Quant au fait d’avoir accepté de tourner un film produit par Netflix, Bong Joon-ho a tenu à préciser : «D’abord, je voudrais dire que, malgré un budget très important, Netflix m’a laissé une liberté totale, tant lors du tournage que lors du montage. Je n’ai subi aucune intervention de leur part, pas de pression pour, par exemple, éviter que le film ne soit déclaré « interdit aux moins de 13 ans » parce qu’il y aurait trop de sang

Et que le film ne soit peut-être pas diffusé en salles ? «Netflix a ses propres règles mais le film sortira bien en salles dans certains pays » explique le réalisateur. «Ainsi, les deux parties, le Festival de Cannes soucieux des sorties en salles, et Netflix, producteur de vidéo pour petit écran, parviendront à trouver un point de rencontre».